Secourisme scolaire au Togo : de la crise d'asthme en classe aux solutions pour protéger les élèves

Secourisme scolaire au Togo : de la crise d'asthme en classe aux solutions pour protéger les élèves

Une crise d'asthme en classe suffit : sans gestes ni trousse, chaque minute compte. Pourquoi le secourisme scolaire au Togo doit devenir prioritaire.

Betfrika Team
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Une crise d'asthme en classe suffit : sans gestes ni trousse, chaque minute compte. Pourquoi le secourisme scolaire au Togo doit devenir prioritaire.

Ce matin-là, dans une classe de CM2 à Lomé, tout semblait ordinaire. Les enfants récitaient leur leçon de géographie, le ventilateur brassait l'air chaud de la saison sèche, et Mme Akossiwa écrivait au tableau. Puis, soudain, un souffle court. Un sifflement. Kofi, assis au troisième rang, portait sa main à sa poitrine, les yeux écarquillés. Ses camarades se sont tournés vers lui. L'enseignante aussi. Mais personne ne comprenait ce qui se passait. Kofi faisait une crise d'asthme, et dans cette école, comme dans tant d'autres au Togo, il n'y avait ni ventoline, ni trousse de premiers secours, ni formation pour réagir face à l'urgence.

Cette histoire n'est pas isolée. Madame Joana et monsieur Tamélokpo ont partagé leurs douloureuses expériences : madame Joana a perdu son enfant suite à une crise d'asthme dans son école par manque de Ventoline, et monsieur Tamélokpo son enfant suite à une hémorragie après un accident dans les escaliers de l'école. “Voir l’article l'histoire d'une maman qui a perdu son enfant suite à un accident en pleine salle de classe.”

Ces cas montrent les risques que peuvent courir les élèves par manque de connaissance en secourisme dans les établissements scolaires .

Dans les écoles du Togo, l'urgence médicale arrive sans prévenir, souvent en plein cours, pendant la récréation ou lors d'une sortie scolaire. Un enfant s'étouffe avec un morceau de fruit. Un autre tombe violemment dans la cour et se blesse à la tête. Une fillette asthmatique commence à suffoquer, ses lèvres bleuissent. Ces situations, banales dans leur survenue, deviennent dramatiques quand personne n'a les gestes qui sauvent. Le milieu scolaire est un endroit où les risques d'accidents sont fréquents à cause des interactions, l'insouciance et de nombreux enfants à travers diverses activités physiques. Certains endroits comme les escaliers, les couloirs, les salles de classe, la cour de l'école, les laboratoires, les toilettes et les espaces sportifs sont les lieux où les accidents sont les plus fréquents.

Le contexte scolaire au Togo a été endeuillé par des accidents tragiques ces dernières années. Le 27 septembre 2023, à l'école primaire publique de N'Gobo, à Blitta dans la région Centrale, l'effondrement d'un mur de classe a coûté la vie à deux élèves, une fille de six ans et un garçon de sept ans peu après la reprise des cours. L'enseignant présent a également été sérieusement blessé. A cet exemple s'ajoute le cas d'une jeune fille qui a failli mourir à l'EPL ECHO DU SAVOIR après une crise d'asthme non prise en charge.

Ce n'est pas une question de négligence. Les enseignants togolais sont dévoués, attentifs, aimants envers leurs élèves. Mais ils n'ont tout simplement jamais été formés aux premiers secours. Ils n'ont jamais appris à reconnaître une crise d'asthme, à pratiquer un massage cardiaque, à mettre un enfant en position latérale de sécurité, à stopper une hémorragie, à réagir face à une obstruction des voies aériennes. Et quand bien même ils auraient ces connaissances, la plupart des écoles ne disposent d'aucun matériel : pas de trousse de premiers secours, pas de Ventoline de secours, pas de numéro d'urgence affiché, pas de protocole clair.

Le constat est alarmant. Dans plus de 96 % des écoles d'Afrique de l'Ouest, il n'existe ni matériel de premiers secours ni formation adéquate pour les élèves les enseignants, que. Dans les établissements publics comme privés du Togo, les ressources en matière de secourisme sont quasiment inexistantes. Les écoles rurales, en particulier, sont les plus vulnérables. Là-bas, les dispensaires sont souvent à plusieurs kilomètres, les routes difficiles, et les moyens de communication limités. Quand une urgence survient, le temps d'attendre une ambulance ou de transporter l'enfant peut être fatal.

Heureusement, plusieurs initiatives commencent à changer la donne. Le Lycée Français de Lomé organise des sessions de Gestes qui sauvent pour les élèves de 5e et des formations Premiers Secours Citoyens certifiantes pour les 3e, touchant tous les élèves de 5e à Terminale. L'organisation ASTOVOT Togo a formé 2000 lycéens, 200 mototaxis et 40 enseignants à Kpalimé sur les gestes essentiels comme le massage cardiaque, la position latérale de sécurité et la gestion des accidents. La Croix-Rouge Togolaise forme régulièrement ses volontaires aux premiers secours de base pour renforcer les capacités communautaires face aux urgences.

Face à ce besoin criant, l'organisation Betfrika a lancé le projet First Aid Skills pour former enseignants et élèves aux gestes de premiers secours et équiper les écoles togolaises en boîtes de secours fonctionnelles. Pour comprendre comment organiser ces formations et décider qui former en priorité, consultez notre article : Premiers secours à l'école au Togo : faut-il former les élèves ou les enseignants.. Le projet déploie des vagues de formation de trois mois, deux fois par an. À ce jour, 60 écoles ont été couvertes, 153 boîtes de premiers soins ont été distribuées et 1 200

Simon, professeur de primaire à Lomé, témoigne : "Le projet FAS répond à un problème éminent. Avant cette formation, je n'avais suivi aucune formation de premier secours.

Les cas les plus courants qui nécessitent les premiers soins en milieu scolaire sont souvent les plaies, les corps étrangers, les brûlures, les intoxications alimentaires, l'électrocution ainsi que les morsures d'animaux dans les écoles hors agglomération. Un simple geste comme placer un enfant en position latérale de sécurité, comprimer correctement une plaie ou reconnaître les signes d'un choc peut faire toute la différence entre la vie et la mort. Selon le Comité international de la Croix-Rouge, les premiers secours à l'école constituent un outil essentiel qui sauve des vies, particulièrement dans les contextes où l'accès aux soins d'urgence reste limité.

L'intervalle de temps entre la survenue de l'accident ou de la crise et l'arrivée de l'équipe médicale peut entraîner la perte d'une vie. Si l'école de Kofi avait été équipée et formée, l'enseignant aurait su vérifier la conscience de l'enfant, sa respiration et la gravité de la situation. Les secours auraient été contactés immédiatement avec les informations précises nécessaires. Du matériel propre et adapté aurait permis d'intervenir dans des conditions appropriées. En attendant l'arrivée des secours, les gestes appropriés auraient pu stabiliser l'état de l'enfant.

Chaque jour, des élèves comme Kofi sont exposés à des risques évitables. Le point n’est pas seulement de réagir à une urgence, c’est de construire une génération qui sait agir. Un élève formé aujourd’hui devient un adulte capable demain, dans une classe, dans un bus, dans la rue, au marché. C’est cette logique de “future generation” qui doit guider le secourisme scolaire : apprendre tôt, répéter, normaliser les bons réflexes, et équiper les écoles pour que les gestes puissent réellement être appliqués. Former un enseignant, équiper une école, afficher un protocole simple, ce sont des décisions concrètes qui transforment la panique en action.

Betfrika porte cette ambition à travers le programme FAS, en formant enseignants et élèves, et en fournissant des trousses de premiers secours adaptées. Pour comprendre la nécessité de relier l'école et la rue dans la chaîne des gestes qui sauvent, consultez également Premiers secours dans la rue : le récit d'une violente crise d'asthme et les gestes qui font la différence. Si vous êtes parent, demandez à l’école si une trousse existe et si un adulte est formé. Si vous êtes enseignant ou directeur, proposez une session de formation et identifiez un référent “premiers secours”. Et si vous souhaitez soutenir FAS, vous pouvez contribuer par un don, du matériel ou du volontariat. Protéger les élèves, ce n’est pas une option, c’est une responsabilité collective.

Betfrika Team

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2 janv. 2025