Offrir un livre en Afrique, l''histoire de Nikoué et la leçon sur la lecture

Offrir un livre en Afrique, l''histoire de Nikoué et la leçon sur la lecture

En France, Nikoué envoie des livres à ses cousins à Lomé. Réaction inattendue et leçon clé sur notre mission : faire aimer la lecture en Afrique.

Betfrika Team
5 min de lecture

En France, Nikoué envoie des livres à ses cousins à Lomé. Réaction inattendue et leçon clé sur notre mission : faire aimer la lecture en Afrique.

Nikoué vit en France, loin d’une partie de sa famille restée au Togo. Comme beaucoup de personnes de la diaspora, il garde le lien à sa manière : des appels, de l’aide quand il peut, et des cadeaux envoyés à Lomé pour les fêtes et les anniversaires. Cette année-là, il a changé quelque chose. Au lieu d’un parfum ou d’une paire de chaussures, il a décidé d’envoyer des livres.

Nikoué fait partie de l’équipe Betfrika. Quand il nous a raconté cette histoire, on a d’abord souri. Puis, on a compris que ce petit épisode disait beaucoup sur le défi que nous affrontons avec BookEducation : donner des livres est une chose, donner envie de lire en est une autre.

Pendant des années, ses cadeaux étaient classiques, et surtout, attendus. Des objets "qui font plaisir tout de suite", ceux qu'on montre, qu'on porte, qu'on partage sur les réseaux, comme nous l'explorons dans notre article sur les cadeaux de la diaspora.

Il a donc pris le temps de choisir. Des livres proches de leur réalité, pour qu’ils s’y reconnaissent. Et d’autres plus lointains, pour ouvrir des fenêtres sur le monde. Il a emballé le tout avec soin, et il a attendu ce moment où on entend l’excitation dans la voix des enfants au téléphone.

Le colis est bien arrivé, mais la réaction a été… différente. Sa tante l’a appelé, un peu gênée : les enfants avaient reçu le paquet, oui, mais ils étaient déçus. Ils s’attendaient à “un vrai cadeau”, comme d’habitude, un parfum, des chaussures, un téléphone, quelque chose qu’ils auraient choisi eux-mêmes. Un de ses cousins a même lâché, sans méchanceté mais sans détour : la prochaine fois, envoie plutôt de l’argent, ce sera plus simple. Puis est venue la phrase la plus dure, toujours dite sans méchanceté, mais avec une franchise qui coupe : si tu n’as rien trouvé d’autre en Europe que des livres, n’envoie plus rien aux enfants. En une phrase, tout était là : le livre n’était pas perçu comme un cadeau, mais comme le symbole d’un effort jugé inutile, presque la preuve qu’on n’avait pas fait “mieux”.

Ce qui surprend, ce n’est pas la franchise. C’est ce que cette scène révèle. Dans beaucoup de foyers, un livre n’est pas associé au plaisir. Il est associé à l’école. À l’obligation. À un outil de travail. Offrir un livre peut être perçu comme offrir un cahier, ou un devoir, pas comme offrir un moment de joie.

Et ce n’est pas “la faute des enfants”. C’est un contexte. Quand il n’y a pas de bibliothèque à la maison, quand les livres sont rares, quand on n’achète que le strict nécessaire pour l’école, la lecture devient une tâche. À l’école, on apprend à déchiffrer pour réussir les examens, mais on ne construit pas toujours le goût de lire. Résultat, on ne développe pas naturellement l’idée qu’un livre peut être un cadeau, un refuge, une aventure.

C’est précisément là que BookEducation intervient. Notre mission ne consiste pas seulement à faire circuler des livres. Elle consiste à créer une culture de la lecture. Cela veut dire accompagner les dons avec des actions qui rendent le livre désirable. Donner de la valeur au geste. Créer des moments où la lecture devient un plaisir, pas une punition. Encourager des rituels simples, une histoire racontée, un livre partagé, une discussion, une curiosité qui se réveille.

Et parce que les changements culturels ne sont jamais immédiats, l’histoire de Nikoué ne se termine pas par une “belle fin” rapide. Après l’appel, les livres sont restés à la maison, sans attention particulière. Avec la pluie et l’humidité, une partie des ouvrages a fini par s’abîmer. Personne ne les a lus. Pas parce que les enfants étaient “mauvais”, mais parce que dans ce contexte, un livre n’est pas encore perçu comme un objet précieux, ni comme un plaisir à protéger.

C’est exactement ce que Betfrika cherche à changer. Tant qu’un livre sera vu comme un reste, un objet scolaire, ou une contrainte, il ne sera ni désiré, ni protégé, ni transmis. C’est pour cela que BookEducation ne se limite pas à faire voyager des cartons. Nous travaillons aussi sur l’envie de lire, la valeur symbolique du livre, et les habitudes qui donnent à la lecture une place réelle dans le quotidien.

Quand nous installons une boîte de collecte, quand nous trions des cartons, quand nous préparons une distribution, nous pensons à ce type de scène. Oui, certains livres resteront peut-être fermés un moment. Mais il suffit parfois d'un seul livre, au bon moment, pour faire naître une habitude qui change tout, comme le prouve l'histoire inspirante de Koffi Agbodji.

Vous pouvez aussi nous aider concrètement. Participez à nos collectes, parlez de BookEducation autour de vous, proposez un point de dépôt, ou soutenez nos actions. Ensemble, faisons en sorte qu’un livre redevienne ce qu’il devrait toujours être : un cadeau précieux.

Betfrika Team

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